Burkina Faso : la dette intérieure, le lourd fardeau sur les finances publiques

De 29,72 % en 2016 à près de 60 % attendus à l’horizon 2025 : l’explosion de la dette intérieure au Burkina Faso ne relève plus du simple ajustement budgétaire, mais d’un basculement structurel. Réalisée par Dramane Nikiema, cette étude décrypte la mécanique d’un emballement financier. Entre tarissement des aides internationales et sur-mobilisation des bons du Trésor, retour sur près de 7 650 milliards de FCFA levés sur le marché régional.

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Pendant des années, la dette extérieure a concentré l’essentiel des inquiétudes sur la santé financière des États africains. Pourtant, au Burkina Faso, les chiffres racontent une autre histoire : la dette intérieure constituée essentiellement de dette contractée sur le marché régional UMOA-TITRES est devenue la principale composante de sa dette publique.

En effet, les données officielles montrent qu’à la fin de l’année 2016, l’encours de la dette intérieure du Burkina Faso se chiffrait à  730,98 milliards de francs CFA sur un encours total de sa dette publique évalué à 2459,48 milliards de francs CFA soit un taux de 29,72%. Ces mêmes données officielles précisent qu’à la fin de l’année 2025, la dette intérieure du Burkina Faso atteignait 5.196,02 milliards de FCFA sur un encours total de 8 692,67 milliards de FCFA soit un taux de  59,77%. 

Le passage du poids de la dette intérieure de 29,72% à 59,77% dans l’encours total de la dette publique du Burkina Faso entre 2016 à 2025 est la résultante de la sur mobilisation des fonds du financement de ses des déficits budgétaires sur le marché  régional de la dette par rapport aux emprunts extérieurs. Selon les données compilées des rapports sur les finances publiques en neuf (09) ans entre 2016 et 2024 le Burkina Faso a mobilisé sur le marché des titres publics de l’espace UEMOA 7.659,42 milliards de francs CFA constituent respectivement de bons et d’obligations de trésor à hauteur de 2.821,96 milliards de francs CFA et 4.837,46 milliards de francs CFA. Par contre, sur la même période,  les mêmes sources indiquent que tous les appuis budgétaires dans le cadre des partenariats multilatéral et bilatéral prêts et dons n’ont représenté que 1290,42 milliards de FCFA.

Source : données extraites des bulletins statistiques de la dette publique du Burkina Faso de 2021 et 2025

Dette intérieure : non seulement lourde, mais plus coûteuse

Au-delà de son importance dans l’encours total, la dette intérieure se distingue surtout par son coût. Les remboursements du principal, les intérêts et les différentes commissions mobilisent une part croissante des recettes publiques. Au fil des années, ces charges réduisent les marges de manœuvre budgétaires de l’État, au moment même où les besoins en matière de sécurité, d’infrastructures, d’éducation et de santé demeurent importants. En effet selon le graphique ci-dessous, ces dernières années entre 2016 à 2025, à toutes les périodes, les montants alloués au remboursement du service de la dette intérieure du Burkina Faso ont prédominé dans les montants totaux alloués au remboursement du service de sa dette publique. Sur la période, selon le même graphique, le Burkina Faso a alloué 6474,63 milliards de francs CFA au service de sa dette intérieure sur un montant total de 7694,59 milliards de francs CFA alloués au service de sa dette publique soit un taux de 84,15%.

La part croissante des montants alloués au service de la dette intérieure du Burkina Faso dans le service total de sa dette publique n’est pas surprenante dans la mesure où le pourcentage de la dette intérieure  arrivant à échéance dans un an par rapport à celui de la dette extérieure a toujours été le plus élevé sur toute la période. En guise d’exemple, Cabri indiquait qu’en 2020, sur sept (07) pays de l’UEMOA, le Burkina Faso était classé deuxième après le Niger à détenir  une proportion de dette intérieure évaluée à  27,80 %  arrivant à échéance dans un an sur une moyenne de 23,4%. Par contre, à cette date, la proportion de sa dette extérieure arrivant à échéance dans un an se situait à 3,5% sur une moyenne de 3,79%.

Par ailleurs, en plus du volume croissant du pourcentage de la dette intérieure, les échéances de remboursement du service de la dette intérieure sont de très courtes durées par rapport à celles de la dette extérieure. Par exemple, en 2020 selon Cabri, le Burkina Faso et le Togo étaient classés 2ème ex aequo après le Niger à détenir la plus courte échéance de remboursement de sa dette intérieure. Cette échéance, à cette date, se situait  à 3,1 ans sur une moyenne de 3,31. Par contre, la même année, il détenait la deuxième échéance la plus longue du remboursement de sa dette extérieure après le Mali. Ainsi, cette échéance se situait à 13,6 ans sur une moyenne de 11,55 ans.

Source : données compilées des bulletins statiques de la dette publique du Burkina Faso de 2016 à 2025

2016-2025 : le poids vertigineux des intérêts de la dette intérieure

Entre 2016 à 2025 le Burkina Faso a versé des montants exorbitants au titre des intérêts du service de sa dette intérieure. En effet,  le graphique ci-dessous montre que sur la période, le Burkina Faso a versé au titre des remboursements des  intérêts et commissions de sa dette intérieure  1544,85 milliards de francs CFA sur un montant total de 1853,51 milliards de francs CFA versés  au titre des remboursements des  intérêts et commissions de sa dette publique soit un taux de 83,34%.

Sur la période, les montants exorbitants des intérêts versés au titre de la dette intérieure du Burkina Faso ne sont pas aussi surprenants dans la mesure où les taux d’intérêt moyen de la dette intérieure sont restés plus de cinq (05) fois supérieurs à ceux de la dette extérieure. Par exemple, le rapport de la stratégie de gestion de la dette à moyen terme (SDMT) 2022 – 2024   indiquait qu’au 31 décembre 2021  le taux d’intérêt moyen pondéré de la dette publique (extérieure et intérieure) est ressorti à 3,8%. Ce taux a été amoindri par la dette extérieure qui représentait une part importante du portefeuille avec un taux d’intérêt moyen de 0,9%. Tandis que la dette intérieure, essentiellement constituée de titres publics émis sur le marché financier sous régional, coûte six (06) fois plus chère avec un taux d’intérêt moyen de 5,9%. Une analyse structurelle à travers les données disponibles extraites des bulletins statiques de la dette publique du Burkina indiquent qu’entre 2017 à 2025 la dette intérieure a coûté 5,21 fois plus que la dette extérieure. Sur la période, le taux moyen effectif de la dette extérieure  est ressorti à 1,22%. Tandis que celui de la dette intérieure est ressorti à 6,36%.

Source : données compilées des bulletins statiques de la dette publique du Burkina Faso de 2016 à 2025

Des ratios de service dette qui franchissent la zone rouge

Les indicateurs de viabilité de la dette montrent d’ailleurs une détérioration progressive de la situation. Depuis 2020, plusieurs ratios liés au service de la dette intérieure dépassent les seuils de référence utilisés dans les analyses de soutenabilité, notamment ceux rapportant les remboursements aux recettes publiques et aux exportations.

Autrement dit, ce n’est plus seulement le volume de la dette intérieure qui interroge, mais également sa capacité à peser durablement sur les finances nationales.

Quand la dette intérieure absorbe les recettes budgétaires hors dons 

Pour l’instant, dans le cadre de l’analyse de la viabilité de dette publique, le critère de ratio service dette/ recettes budgétaires hors dons comme indicateur d’appréciation ne s’applique que sur la dette extérieure. Pourtant, selon le graphique ci-dessous, au cours de ces neuf (09) dernières années entre 2016 à 2024, les montants versés au titre du service de la dette intérieure en pourcentage des recettes budgétaires ont été prédominants. Sur toute la période, en rapportant les montants alloués au service de la dette intérieure aux recettes budgétaires hors dons, le Burkina Faso a enregistré un ratio de 30,97% sur un ratio de service dette publique/ recette budgétaire de 36,97%. Toutefois,  en appliquant le seuil  critique de 23% du ratio service dette extérieure/ recettes budgétaires hors dons au service de la dette intérieure, le graphique ci-dessous montre que c’est à partir  de 2020 que les ratios service dette intérieure/ Recettes budgétaires hors dons sont largement restés au-dessus de ce seuil critique fixé dans le cadre de l’analyse de viabilité de la dette des pays à faible revenu par la Banque mondiale. Ces ratios ont atteint en moyenne entre 2020 à 2024 à 41,11%.

Source : Données agrégées extraites des bulletins statistiques de la dette publique et des rapports sur les finances publiques du Burkina   Faso de 2016 à 2024

Burkina Faso : De 2016 à 2024 le service de la dette intérieure a représenté une part importante des Exportations

En l’état de la situation, l’analyse de la viabilité de dette publique ne prend en compte que le critère de ratio service dette extérieure/ recettes d’exportation comme indicateur d’appréciation. Pourtant, selon le graphique ci-dessous, au cours de ces neuf (09) dernières années entre 2016 à 2024, les montants versés au titre du service de la dette intérieure en pourcentage des recettes d’exportation ont été prédominants. Sur toute la période, en rapportant les montants alloués au service de la dette intérieure aux  recettes d’exportations, le Burkina Faso a enregistré un ratio de 25,17% sur un ratio de service dette publique/ Exportation de 29,94%. Toutefois,  en appliquant le seuil  critique de 21% du ratio service dette extérieure/ recettes d’exportation au service de la dette intérieure, le graphique ci-dessous montre que c’est à partir  de 2020 que les ratios service dette intérieure/ Recettes d’exportation dons sont largement restés au-dessus de ce seuil critique fixé dans le cadre de l’analyse de viabilité de la dette des pays à faible revenu par la Banque mondiale. 

Ces ratios ont atteint en moyenne entre 2020 à 2024 à 32,13%.

Source : Données agrégées extraites des bulletins statistiques de la dette publique et des rapports sur situation annuelle du commerce extérieur du Burkina Faso  de 2016 à 2024

Au-delà du cas burkinabé

Dans un article intitulé « La soutenabilité des dettes en Afrique : état des lieux et enjeux futurs » Marin Ferry et al (2021, p8) indiquaient  qu’en Afrique la dette publique domestique est  passée en moyenne de 15 % du PIB en 2012 à 25 % du PIB en 2019.

Toutefois, ces dernières années, de nombreux États d’Afrique subsaharienne ont davantage recours aux marchés financiers régionaux pour financer leurs dépenses. Cette stratégie permet de mobiliser rapidement des ressources sans dépendre exclusivement des bailleurs internationaux. En effet, en termes de volumes des montants mobilisés sur le marché des titres publics de l’UEMOA Magnan-Marionnet indiquent que  sur le marché régional de la dette publique  entre 2001 et 2015, les émissions de titres de dette souveraine ont été multipliées par 60 passant de 54,9 milliards à 3 304,3 milliards de francs CFA d’Afrique de l’Ouest (XOF). Le marché régional  de la dette au sein de l’espace de l’Union économique et monétaire se porte de plus en plus très bien. Sur ce marché, les investisseurs n’hésitent pas à couvrir la totalité des montants sollicités par les Etats. Le plus souvent, ils investissent au-delà des montants sollicités. En guise d’exemple, rien qu’en un mois dans un article en ligne posté  le 22 mai 2026 et intitulé : « Marché des titres de la dette publique : 1 132,1 milliards de FCFA levés par les États de l’UEMOA en mars 2026 »  les huit (08) Etats membres de l’union économique et monétaire ouest africaine ont levé « Sur le marché par adjudication au cours du mois de mars 2026 1 132,1 milliards de FCFA. À ce montant si l’on ajoute les 704,2 milliards mobilisés sur le compartiment par syndication du marché régional des titres publics, au cours du mois sous revue le total des montants levés atteint 1 836,3 milliards. Il ajoute que ce montant équivaut à  388,3 milliards  de francs CFA de plus mobilisés par rapport au mois de février 2026 soit une hausse de 26,8%. Concernant le taux de couverture global des émissions par adjudication est ressorti à 253,5% dans le mois de mars contre 155,2% le mois précédent ».

L’angle mort du débat public : l’inquiétante envolée de la dette intérieure

Malgré le  poids croissant et le coût exorbitant de la dette intérieure au  sein de l’UEMOA et au Burkina Faso en particulier, le débat autour du surendettement des pays de cet espace continue de se focaliser autour de la dette extérieure. C’est le constat établi par  Marin Ferry et al  (2021, p.23) lorsqu’il avance ceci : « La hausse de l’endettement public total – et du risque de surendettement associé – étant également tirée par la dette domestique, il convient donc d’en assurer un suivi régulier. Pour ce faire, l’amélioration de la transparence de la dette domestique, au même titre que la dette externe constitue un enjeu non-négligeable ».  Dans la même veine, un rapport de la banque mondiale publié en 2008 et intitulé « Le cadre de viabilité de la dette appliqué aux pays à faible revenu laissait entendre ceci : « Dans de nombreux pays à faible revenu, la dette intérieure a atteint un montant élevé et représente donc une menace pour la viabilité des finances publiques. Quelle que soit l’ampleur de la dette intérieure publique, pour tous les pays à faible revenu, l’analyse de viabilité de la dette doit comporter une analyse de viabilité de la dette publique totale (intérieure et extérieure) ».

Le rapport semestriel d’exécution de la surveillance multilatérale décembre 2025 de l’union économique monétaire montrait qu’en 2025 que le service dû au titre de la dette publique totale augmenterait de 11,3% pour représenter 43,6% des recettes totales contre 44,6% en 2024. L’évolution du service de la dette publique totale s’expliquerait par la hausse concomitante du service de la dette extérieure de 17,8% et de sa composante intérieure de 7,6%. Le service de la dette intérieure ressortirait à 61,6% du total du service de la dette publique.  

Cette dynamique opérée dans l’endettement du Burkina Faso en particulier et de l’ensemble des huit (08) Etats membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine devrait redéfinir les paradigmes existants dans l’analyse de la viabilité de la dette publique en concevant des critères d’évaluation à l’égard de la dette intérieure comme cela existe déjà pour la dette extérieure.  

Des conséquences majeures et sous-estimées

Dans un article au titre interrogateur et intitulé  «  Le Sénégal sous pression : la dépendance vis-à-vis du marché financier de l’UEMOA est-elle viable ? », Marieme Toure et  Ndongo Samba Sylla en prenant l’exemple où le Sénégal a levé rien qu’en 2.225 milliards de francs CFA sur  le marché de l’Union monétaire ouest-africaine concluent que son recours croissant à ce marché depuis la révélation de sa dette cachée en février 2025 à cause du resserrement des financements issus des marchés financiers extérieurs ne saurait constituer une mesure palliative durable aux besoins de son financement. Ils  fondent leur posture  sur trois (03) aspects.

D’abord, ils dénoncent une insoutenabilité des prêts contractés sur marché à cause des taux d’intérêts exorbitants des prêts qui y sont  pratiqués  soit 7,5% sur les instruments à moyen termes gonflant l’encours de la dette ayant été multiplié par 4,8 en six (06) ans assorti d’une durée moyenne de remboursement de 2,32 ans. A cela, ces deux auteurs remettent en cause la vision selon laquelle le financement régional de l’UMOA  remplace  les emprunts en devises fortes.  Ils soutiennent que compte tenu de l’ancrage fixe du franc CFA à l’euro et des déficits extérieurs chroniques de la zone UEMOA, l’augmentation des émissions en francs CFA dépend structurellement du maintien de l’endettement en devises, ce qui impose une limite stricte à la capacité du marché régional à répondre aux besoins de financement du Sénégal. Enfin, eu égard toutes ces contraintes, ces auteurs estiment que sans la création d’une nouvelle architecture monétaire il serait chimérique de croire que le système monétaire actuel de l’UMOA offre une issue durable au piège de la dette dans lequel le Sénégal est embourbé. C’est pourquoi selon eux pour en sortir ou en rester le pays sera obligé d’ opérer  un choix fondamental soit celui de rester lié à un système monétaire qui subordonne le développement à la défense du taux de change ou celui d’œuvrer en faveur d’une architecture monétaire dans laquelle la banque centrale joue à la fois le rôle de garante de la solvabilité publique et de moteur de la transformation économique structurelle.

En étendant la question de la viabilité des emprunts du Sénégal sur  le marché financier de l’UEMOA que se sont posés Marieme Toure et  Ndongo Samba Sylla à l’ensemble des huit (08) Etats membres de l’Union économique ouest-africaine, Badolo et al dans un article intitulé « Effets de la dette publique sur les soldes budgétaires des pays de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine » ont abouti aux mêmes constats. Dans cet article, ces auteurs ont indiqué  qu’une accumulation de la dette publique dégrade le solde primaire dans les pays de l’UEMOA. Ces pays se trouvent alors dans un cercle vicieux de la dette publique. Par ailleurs, les résultats auxquels ils sont parvenus indiquent que l’effet négatif de la dette intérieure sur le solde primaire est supérieur à celui de la dette extérieure. En effet,  selon eux, si la dette extérieure augmente d’un point de pourcentage du PIB nominal, le solde primaire diminue (significativement à 5 %) de 0,016 point de pourcentage du PIB, tandis que si la dette intérieure augmente d’un point de pourcentage du PIB nominal, le solde primaire diminue (significativement à 10%) de 0,05 point de pourcentage du PIB.

Par ailleurs, la dégradation continue des soldes primaires et l’enlisement des pays de l’UEMOA dans un cercle vicieux de la dette publique à cause des effets pervers de la dette intérieure empêchent les Etats à accorder des budgets conséquents aux secteurs sociaux de base et par voie de conséquence compromettent leur chance dans l’atteinte des indicateurs des objectifs pour le développement durable. Dans le cas du Burkina Faso, le Centre d’Information, de Formation et  d’Etudes sur le Budget dans un rapport  intitulé « Analyse des allocations budgétaires aux Secteurs sociaux  destinées à la réalisation des droits de L’enfant et de la femme  de 2012 à 2016 » en matière de budgets alloués aux secteurs sociaux laissait entendre ceci : « Sur la période 2012-2015 la part estimée du ministère en charge de l’eau et de l’assainissement n’a guère dépassé 1% du budget de l’Etat sur la période. Elle a été en moyenne de 0,57% sur la période. La part de l’agriculture est à 7,30%, celle de la santé à 3,81% et celle de l’éducation à 8,92%. ».

Même si ces dernières années, des efforts sont consentis à allouer des budgets conséquents à certains secteurs sociaux de base comme la santé et l’éducation le Burkina Faso reste toujours en déca des quotas à allouer aux secteurs socioéconomiques de base dans la plupart des domaines conformément aux protocoles sous-régionaux  auxquels il a souscrits. Dans le cadre de ces protocoles, la déclaration d’Abuja sur le VIH/Sida, la tuberculose et d’autres maladies infectieuses connexes du  24 au 27 avril 2021 recommandait que les pays parties prenantes accordent au moins 15% de leurs budgets à la santé. Dans l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire et le développement rural, la déclaration de Maputo, sur l’agriculture et la sécurité alimentaire adoptée lors du Sommet de l’Union Africaine en 2003 à Maputo à recommander à ce que tous les pays parties prenantes consacrent au moins 10 % de leur budget national à l’agriculture. Dans un article récent, intitulé  Allocation des secteurs sociaux de base: baisse drastique du budget alloué en 2024 l’Economiste du Faso en rapportant les propos du Secrétaire exécutif  du Centre d’études et de recherche appliquée en finances publiques lors de la publication de “l’analyse citoyenne de la loi de finances initiale 2024” le mardi 7 mai 2024, à Ouagadougou, «  A travers la décomposition par secteur de base, l’éducation est la priorité prépondérante du gouvernement de transition, avec un taux de 20,17% du budget de l’Etat, suivie de la santé avec 10,18%. Le secteur rural (agrosylvopastoral) bénéficie de 4,72% du budget, suivi de l’eau et l’assainissement avec un taux de 1,42% en 2024.

Cependant, en terme de comparaison aux autres pays de l’UEMOA, en 2026, le Burkina Faso quoiqu’il n’ait pas atteint le taux de 15%  de part annuelle de budget à allouer au secteur de la santé conformément à la déclaration d’Abuja de 2001 est de très loin mieux nanti. A juste titre,  dans un article récent intitulé : « UEMOA : Le Burkina Faso s’impose en tête des budgets santé, concentrant 11% de ses dépenses publiques en 2026 » Dr Ange Ponou dans le média en ligne Sikafinance laissait entendre  ceci : «  Aucun pays de l’UEMOA n’atteint aujourd’hui le seuil de 15% recommandé au niveau international. Même le Burkina Faso, pourtant en tête, reste à quatre points de cet objectif. Cela souligne l’ampleur du chemin restant pour faire de la santé un pilier central des politiques économiques ». En effet, selon cet article, le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Mali n’ont affecté que 5% de leurs budgets à la santé. Quant au  Niger et le Togo, ils n’ont affecté seulement que 4% de leurs budgets à la santé. Pis, le Sénégal ferme la marche en affectant que 2% de son budget à la santé 

Dans le secteur de l’éducation, le Burkina Faso en 2026 dame encore le pion aux autres de l’UEMOA en termes de budget alloué. Dans un article intitulé : UEMOA : Quels pays prévoient investir le plus dans l’éducation publié le 29 janvier 2026 Dr Ange Ponou dans le média en ligne Sikafinance laissait entendre : « L’analyse des allocations affectées à l’éducation nationale montre une dispersion frappante, il ressort que la part du budget général alloué à l’éducation varie entre 7% à 17% pour les pays de l’union pour lesquels les données sont disponibles, soit un écart de 10 points….En tête du classement, le Burkina Faso s’impose désormais comme la référence régionale, consacrant 17% de son budget général 2026 à l’éducation…Il est suivi par le Mali et le  Sénégal, qui consacrent chacun 13% de leur budget à l’éducation…La Côte d’Ivoire présente un profil particulier. Avec 1564 milliards FCFA, elle dispose du budget éducatif le plus élevé en valeur absolue de toute l’union. Pourtant, cette enveloppe ne représente que 9% de son budget général…Le Niger et le Bénin se situent au même niveau relatif que la Côte d’Ivoire, avec 9% de leur budget consacré à l’éducation…Le Togo referme ce classement avec 7% de son budget consacré à l’éducation qui sera consacré à l’éducation en 2026 ».

Toutefois, n’eut été le fardeau de la dette intérieure, le Burkina Faso  aurait dû couvrir et voire plus tous les ratios des budgets censés être accordés aux secteurs sociaux de base et développement.

Repenser l’analyse de la dette

Face à cette nouvelle réalité, il est impérieux d’élargir les analyses de soutenabilité de la dette. Pendant longtemps, les évaluations ont principalement porté sur les risques liés à l’endettement extérieur. Désormais, la dette intérieure mérite une attention équivalente tant son poids, son coût et ses effets sur l’économie nationale se renforcent.

Au Burkina Faso comme dans les autres pays de l’UEMOA, les chiffres montrent clairement que le principal défi n’est plus seulement de maîtriser les emprunts contractés à l’étranger. Il consiste aussi à gérer une dette intérieure devenue majoritaire, dont le remboursement mobilise une part croissante des ressources publiques. D’ailleurs c’est ce que Badolo et al dans le même article préconisent lorsqu’il avance ceci : « L’intervention des pays de l’UEMOA sur le marché régional de dette intérieure doit se faire avec une très grande prudence car les effets de la dette intérieure sont plus pervers que les effets de la dette extérieure lorsque la dette est mal gérée. Ces pays gagneront à financer leurs déficits budgétaires majoritairement par la dette extérieure, tout en cherchant des moyens pour maîtriser l’accumulation de leur dette totale…ces pays doivent avoir un regard particulier sur la dette intérieure car, bien que celle-ci soit en train de prendre de l’ampleur, elle ne génère pas de ressources budgétaires en contrepartie.

Références bibliographiques

Bulletin statistique de  la dette publique N°4/2021 Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique, Ministère de l’Économie, des Finances et du Plan, Burkina Faso, décembre 2021

Bulletin statistique de  la dette publique N°1/2026 Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique, Ministère de l’Économie, des Finances et du Plan, Burkina Faso, décembre 2021

  Rapport sur les finances publiques gestion 2016, Direction générale des études et des statistiques sectorielles,  Ministère de l’économie, des finances et du développement, Burkina Faso, juillet 2017Direction Générale des Études et des Statistiques Sectorielles 

Rapport sur les finances publiques gestion 2021, Direction générale des études et des statistiques sectorielles,  Ministère de l’économie, des finances et de la prospective, Burkina Faso, mai 2022Direction Générale des Études et des Statistiques Sectorielles 

Rapport sur les finances publiques gestion 2024, Direction générale des études et des statistiques sectorielles,  Ministère de l’économie, des finances et de la prospective, Burkina Faso, mai 2025Direction Gén

Situation annuelle du commerce extérieur Burkina Faso 2024, institut national de la statistique et de la démographie octobre 2024

 Toure.M et   Sylla.N.D,  Le Sénégal sous pression : la dépendance vis-à-vis du marché financier de l’UEMOA est-elle viable ? », Policy Brief N°8 mai 2026, IDEAS-Africa Network

Badolo et al,  Effets de la dette publique sur les soldes budgétaires des pays de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine, in Revue d’Analyse des Politiques Economiques et Financières 

ISSN : 1840 – 8222 Volume 7, Numéro 1 – Juin 2024

 Ponou.A « UEMOA : Le Burkina Faso s’impose en tête des budgets santé, concentrant 11% de ses dépenses publiques en 2026 » UEMOA : Le Burkina Faso s’impose en tête des budgets santé, concentrant 11% de ses dépenses publiques en 2026

 Ponou. A, UEMOA : Quels pays prévoient investir le plus dans l’éducation en 2026 UEMOA : Quels pays prévoient investir le plus dans l’éducation en 2026 ?

 Somda.A.C, Allocation des secteurs sociaux de base: baisse drastique du budget alloué en 2024 in l’Economiste du Faso https://leconomistedufaso.com/2024/05/20/allocation-des-secteurs-sociaux-de-base-baisse-drastique-du-budget-alloue-en-2024/

Dramane NIKIEMA, Sociologue, assistant programme au Secrétariat permanent de l’Observatoire Panafricain pour l’Intégrité Financière et Economique (OPIFE) et  ancien assistant programme au Secrétariat  permanent du Comité pour l’Abolition des Dettes illégitimes (CADTM/Afrique) [email protected] 

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