Le soleil tape dur sur les pistes sablonneuses de Malanville, et la fumée blanche s’élève par-dessus les fours de terre. Moudjahidou Orou, charbonnier depuis plus de trois ans, scrute attentivement son tas de bois brûlé. « Je vends des sacs de charbon pour prendre soin de ma famille », confie-t-il, le visage noirci par la fumée. Notre interlocuteur est bien conscient des conséquences de son activité sur l’environnement. « Je sais que chaque arbre coupé, est une destruction du couvert végétale.», reconnait-il.

À Malanville, dans le nord du Bénin, la fabrication artisanale de charbon de bois est devenue une activité vitale pour des centaines de familles. Face à la pauvreté et au chômage, ce commerce assure un revenu quotidien et répond à une forte demande nationale en énergie domestique. Mais derrière cette économie de survie se cache un coût environnemental alarmant : la déforestation accélérée, la dégradation des sols et la perte de biodiversité.
Dans cette commune située à plus de 700 kilomètres de Cotonou, la fabrication artisanale de charbon de bois est une activité vitale. Elle finance la scolarité des enfants, permet de payer les loyers et soutient de petites entreprises locales. Pourtant, derrière cette économie se cache un coût invisible : la déforestation rapide et la dégradation des sols. Selon Forest Watch Benin (2022), la majorité des artisans utilisent des méthodes traditionnelles qui émettent de grandes quantités de CO₂ et réduisent le rendement du bois.
Sur le terrain, les effets sont visibles. Les parcelles boisées reculent année après année, laissant place à des terres fragilisées par l’érosion et le vent. En 2021, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) alerte sur les conséquences pour le microclimat et la résilience des communautés face aux sécheresses et inondations. « Par le passé cette zone était pleine d’arbre de karité. Aujourd’hui, vous le constatez, il n’en existe quelques pieds. Si les autorités forestières n’avaient pas mis la pression sur la population, il n’en resterait plus du tout. Et j’image le tour de nos enfants », confie Mouni N’gobi, épouse d’un agriculteur polygame, en rangeant les sacs de charbon pour la livraison au bord de la route inter-état à Fiafounfoun, un village de l’arrondissement de Guéné.
A un peu plus d’une quarantaine de kilomètre de là, la ville de Malanville. Face au coût élevé du gaz domotique dont la petite bouteille est venue à 5000 Fcfa, les ménages disent être obligés de composer avec le charbon de bois. Fousséna, 35 ans environ est femme ménagère et mère de deux enfants. « Je n’ai pas de choix que d’acheter le charbon pour la cuisine. Avec 2000 Fcfa, je peux m’offrir un sac de 100 Kg de charbon, contrairement au gaz qui coûte cher et dont on n’est pas sûr de terminer un mois », explique-t-elle.
Cette préférence constitue une opportunité pour les vendeurs. Ils sillonnent dans les rues de Malanville avec plusieurs de sacs de charbon attachés derrière la moto. « J’ai déjà vendu trois sacs, il m’en reste trois autres pour le compte de journée. », confie Moussa Marouwane, assis sur son engin, et vêtu d’une tenue usée par la sueur et la poussière. La température de qui oscille autour de 40° n’émousse pas l’ardeur de ce jeune vendeur de charbon, comme ces nombreux autres acteurs de la même activité.
Malgré la forte dépendance entremêlée à l’impératif économique, l’espoir existe. L’ONG GIZ Bénin a introduit des fours améliorés, limitant le bois nécessaire et réduisant les fumées toxiques. Les artisans formés aux nouvelles techniques commencent à voir les bénéfices : moins de bois gaspillé, meilleure qualité de charbon, et revenus stables. « On peut produire sans détruire, en utilisant des plants morts », insiste Clément Aballo, un acteur de la société civile et militant pour l’environnement. Cet activiste écologique insiste sur la nécessité pour la population de réduire l’utilisation du charbon de bois.
Le défi à Malanville est symbolique. Pour concilier survie économique et protection de l’environnement, le socio-économiste Abdel Aziz Mossi enseignant à l’université de Parakou soutient que « la formation, la sensibilisation et l’accompagnement technique peuvent transformer une menace écologique en opportunité économique durable ».
Dans les rues poussiéreuses de Malanville, chaque sac de charbon raconte une dualité. Celle d’un outil de vie, mais aussi d’un rappel que la forêt, elle, ne se renouvelle pas toute seule. La survie des familles et celle de la nature sont désormais liées, et c’est à travers des pratiques durables que cette communauté pourra espérer préserver les deux. C’est pourquoi M. Allagbé, responsable forestier de la commune invite chaque citoyen à non seulement planter des arbres mais également à les entretenir.
Loukoumane Worou Tchehou
